La lecture « un moment rassurant »

Cyril, lecteur sensible

Qu’est-ce qui nous pousse à acheter un livre et à passer plusieurs heures voire quelques jours avec lui ? Que nous apporte la lecture ? Quels sont les parcours de lecture ? Parce que seuls des lecteurs peuvent répondre à ces questions, nous sommes allés à leur rencontre. Premier portrait de la série avec Cyril, lecteur sensible.

Dans la maison familiale située dans un lotissement en bordure de champ à Castillonès, dans le Lot-et-Garonne, il n’y avait pas de livres. De ses lectures d’enfant, Cyril se souvient surtout de celles que lui a fait découvrir son frère Jean-François. De six ans son aîné, c’est lui qui l’initie à la bande dessinée et à la science-fiction. Son premier achat ? Les robots et l’empire d’Isaac Asimov, « parce qu’il y avait un robot sur la couverture qui ressemblait à Iron Man dont j’étais fan. »

Des classiques à la littérature contemporaine

C’est l’école qui l’initie à la littérature. Au collège puis au lycée Georges Leygues de Villeneuve-sur-Lot, Cyril dévore les classiques. Il parle encore aujourd’hui avec émerveillement du Cid de Corneille. « C’était du Belmondo. Tac tac badaboum. Je trouve la langue spectaculaire. » Le XIXe siècle littéraire l’embarque définitivement au côté des lettres. Flaubert le saisit par sa peinture de l’envers du décor de la vie des petites villes avec Madame Bovary. Balzac l’impressionne avec son Eugénie Grandet qui reprend et assume l’histoire familiale. Puis il lit Melville. « Moby Dick est un grand souvenir de lecture. C’est l’Everest. Il y a des passages difficiles mais arrivé en haut, la vue est exceptionnelle. »

Patrick Modiano, Rue des boutiques obscures

Pour se forger une connaissance de la littérature contemporaine, il achète régulièrement, dans sa vingtaine, des romans ayant obtenu le prix Goncourt. Il découvre Duras, Modiano, … Modiano, surtout et avant tout. Les textes de Modiano entrent en résonnance avec lui. L’épure du style, la richesse de l’écriture, les silences entre les phrases. Son émerveillement devant la vie. Rue des boutiques obscures est une lecture qu’il ne peut oublier. S’il est des écrivains qui laissent des traces dans les mémoires des lecteurs, pour Cyril c’est Modiano.

S’ensuivent des lectures plus mornes. « Puis un jour, j’ai eu un coup de bol ! Je suis tombé sur Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Je l’ai lu d’une traite. »

Une expérience différée

Cyril n’attend d’une lecture ni qu’elle le malmène ni qu’elle le dépayse trop mais qu’elle lui donne des clés pour mieux se connaître. Le roman est une sensibilité qui l’aide à surmonter des épreuves, à faire des choix. Ce n’est pas un hasard si le livre qu’il lit en ce moment est Scènes de ma vie de Frantz Michael Felder. La trajectoire de l’auteur, un fils de paysan qui devient écrivain après avoir voulu un temps être bibliothécaire, résonne en lui.

« Voir les trajectoires des gens enrichit et rassure car on se comprend mieux soi-même. C’est une forme d’expérience différée, indirecte. »

Cyril lit quand l’envie lui prend. « Lire est un moment rassurant où je ne suis pas dans ma vie ». Les lectures bousculées et écourtées dans le tram, le matin sur le chemin du bureau, lui donnent peu de satisfaction. Pour qu’elle soit réconfortante, la lecture doit se faire dans un endroit calme. Confortablement lové dans son canapé, par exemple.

« J’aimerais aimer Victor Hugo »

Si la lecture est rassurante, l’achat est compulsif. « J’achète des livres avant de savoir si je vais les lire. J’ai des envies de lire et des envies de livres. Et ça ne matche pas toujours. »

Il y a de grands auteurs dont l’accès se refuse au lecteur. Victor Hugo est pour Cyril de ceux-là. La prose du grand maître ne passe pas… Alors, il se tourne avec facilité vers des lectures quelque peu honteuses. « J’aime beaucoup les livres de Pierre Daninos comme Les carnets du major Thompson, pour son côté détaché et l’ironie. Il pose un regard décalé sur la France, un peu vieille France. Il y a une fausse modernité dans ses livres ». Une autre expérience de lecture.