La lecture en héritage : « J’ai besoin d’être entourée de livres. »

Aude, septembre 2021 Aude, septembre 2021

Quel est notre rapport à la lecture et aux livres ? Suite de notre série de portraits de lecteurs avec Aude pour qui la lecture est une passion qui se partage et se transmet d’une génération à l’autre. 

Habiter dans une bibliothèque est un rêve que bien des lecteurs aimeraient voir se réaliser. Cette chance, Aude l’a eue depuis toute petite puisque sa mère était responsable d’une bibliothèque municipale en Charente-Maritime. La famille occupait le logement de fonction attenant à ce lieu.

Après l’école, je retrouvais ma maman à la bibliothèque. C’était ma maison. Je faisais mes devoirs dans la salle de lecture, c’est là qu’il faisait le plus chaud.

Ses premières lectures sont les histoires publiées à l’École des loisirs, des livres qu’elle affectionne depuis l’enfance, à tel point qu’année après année, elle a constitué ce qu’elle appelle  « la prunelle de mes yeux », une collection de plus de 2500 livres de cet éditeur, achetés en librairie ou chinés en brocante. Parmi les livres que lui lisent ses parents, elle se souvient des livres de Tomi Ungerer, comme l’histoire Les trois brigands et se rappelle en particulier d’Amos et Boris, de William Steig (Gallimard), une histoire d’amitié entre une souris et une baleine qui la rendait à chaque fois tellement triste qu’elle interdisait formellement à ses parents de lui en faire la lecture.

Grande lectrice lorsqu’elle était adolescente, puisant dans la bibliothèque de sa mère qui lisait énormément, Aude se souvient de ses années Sciences Po à Paris, la période de ses 22-25 ans durant laquelle elle a entamé une phase de lecture boulimique, avalant pas moins d’un livre par jour. Des livres de tout genre, mais principalement des correspondances, des autobiographies d’artistes ou d’écrivains. 

Elle a toujours porté une attention particulière aux couvertures des livres, qu’elle juge essentielles : « Je vais feuilleter un livre si la couverture me plaît, sinon je ne vais même pas prendre le livre en main. » En littérature française, elle a lu tout Hervé Guibert, a dévoré Perec, dont Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. Elle se délecte aussi de la lecture des romans anglo-saxons du début du XXème siècle. Elle cite E.F. Benson, lu en langue originale, Violet Trefusis, Barbara Pym et aussi Elizabeth von Arnim dont elle apprécie les descriptions de jardins. Certains de ces auteurs étaient édités chez Salvy, un éditeur qu’elle dit regretter et dont elle cherche encore aujourd’hui les livres auprès des bouquinistes. 

Cette boulimie de lecture s’est transformée lors de la naissance de ses enfants, puisqu’elle leur a lu, à son tour, chaque soir, des histoires… de l’École des loisirs. « C’était une idée fixe, un rituel devenu indispensable pour eux. Il leur fallait leur histoire tous les soirs. » Un passage de témoin, une façon de boucler la boucle, en quelque sorte.