Que la lumière soit !

Auður Ava Ólafsdóttir, crédit photo Saga Sig 329 / Editions Zulma

À travers une lignée de sages-femmes, appelées « mères de lumière », l’auteure islandaise Auður Ava Ólafsdóttir interroge le sens de l’existence, entre lumière et ténèbres. Un roman teinté d’humour mêlant poésie, tempête, chant des baleines et aurores boréales.

En 2013, les Islandais sont appelés à élire le plus beau mot de leur langue. Ils choisissent « ljósmóðir », qui signifie sage-femme, littéralement « mère de la lumière ». C’est le métier qu’exerce la narratrice de La vérité sur la lumière, Dýja, héritière d’une lignée de sages-femmes dont elle incarne la quatrième génération, tandis que sa mère a choisi les pompes funèbres et sa soeur la météorologie. Lorsque l’histoire commence, Dýja travaille à la maternité et s’apprête à aider son 1922ème bébé à voir le jour, peu avant Noël, en pleine nuit polaire.

J’accueille l’enfant à sa naissance, je le soulève de terre et le présente au monde. Je suis la mère de la lumière. De tous les mots de notre langue, je suis le plus beau – ljósmóðir.

Dans cette maternité, sa grande-tante Fifa a exercé le métier de sage-femme pendant plus de cinquante ans. Son âme plane toujours sur ce lieu et ses « soeurs de lumière », les collègues qui l’ont connue, se souviennent de son tempérament et de sa personnalité, à commencer par sa façon d’accompagner les nouveaux-nés dans les premières heures de leur vie. Elle leur tricotait des habits et avait l’habitude de leur adresser des paroles d’encouragement, avant que leur mère ne quitte la maternité pour rentrer chez elle. « Puisses-tu connaître bien des aubes et bien des crépuscules », glissait-elle à l’oreille de ces nourrissons, leur souhaitant « soleil, lumière et chaleur ».

Très proche de Fifa, Dýja a hérité à sa mort de son appartement, de ses meubles et de ses affaires personnelles. Dans un carton au fond d’un placard, elle retrouve le journal intime de son arrière-grand-mère, la mère de Fifa, sage-femme dans la première moitié du 20ème siècle. Ces pages racontent les conditions dans lesquelles les accoucheuses de l’époque travaillaient, comment elles arpentaient la lande, parfois en pleine tempête, pour aider des femmes à donner la vie, au péril de la leur.

Dýja découvre aussi les lettres et les manuscrits de Fifa qui témoignent de ses préoccupations écologiques et de l’inquiétude qu’elle ressentait pour l’avenir des espèces animales, à une époque où personne ne s’en souciait. Elle aimait comparer l’homme à l’animal, trouvant notre espèce fragile et, d’une certaine façon, assez vaine. Les manuscrits dévoilent aussi sa fascination pour la lumière, celle qui éblouit l’être humain lorsqu’il ouvre les yeux pour la première fois et qui s’éteint lorsqu’il meurt.

On dit que l’homme ne se remet jamais d’être né. Que l’expérience la plus difficile de la vie, c’est de venir au monde. Et que le plus difficile ensuite, c’est de s’habituer à la lumière.

Car c’est bien une histoire de lumière que nous raconte Auður Ava Ólafsdóttir. Une histoire de lumière et de ténèbres que les personnages côtoient tous, de près ou de loin : les « soeurs de lumière », le jeune père électricien ou Veka qui mène les touristes voir les aurores boréales,… il en va ainsi de tous les habitants d’Islande, familiers du soleil de minuit et de la nuit polaire.

En plus de nous proposer de très belles pages sur la maternité et les coutumes qui l’accompagnent, et sans oublier l’humour qui la caractérise, Auður Ava Ólafsdóttir interroge le sens de nos vies et affirme sa préoccupation pour l’avenir de notre planète et des espèces qui l’habitent. Comme souvent dans ses livres, elle laisse une large place à la poésie et au langage, tout en richesse et en nuance. Des thèmes qu’elle avait déjà abordés dans le passé, mais qu’elle traite ici avec davantage de profondeur et, peut-être, d’inquiétude.

Note : 4 sur 5.

La vérité sur la lumière
Auður Ava Ólafsdóttir
Eric Boury (traduction)
Zulma, 2021, 224 pages.