Douze palais de mémoire

Anna Moï, (c) Francesca Mantovani / Editions Gallimard

Dans le dernier roman d’Anna Moï, un père et sa fille de six ans fuient un pays en proie à la révolution. Leurs deux voix se croisent, ponctuées de souvenirs du pays et des proches laissés derrière eux.

Lorsqu’elle rencontre des boat people pour les besoins d’un livre sur le Vietnam, Anna Moï ne se doute pas que parmi eux se trouve une femme, âgée de huit ans à l’époque, qui garde un souvenir heureux de cette traversée. Elle se souvient des autres enfants avec qui elle jouait, de cette aventure excitante qui remplaçait l’école, de son insouciance d’enfant face aux dangers que représentait cet exode entrepris sur des bateaux surpeuplés.

Anna Moï s’en inspire pour le personnage de Tiên, une petite fille qui prend la mer avec son père pour fuir leur pays où la situation est devenue dangereuse. Il s’agit sans doute du Vietnam, même si l’auteure ne le nomme jamais. Tous deux partent sur un petit bateau, accompagnés d’un pêcheur, de son fils et de leur chien. Un bien fragile esquif sur lequel reposent tous leurs espoirs : gagner les États-Unis et refaire leur vie là-bas.

La voix de la petite Tiên permet d’aborder les événements à hauteur d’enfant, avec candeur et innocence, et apporte un peu de légèreté au récit. En écho à la sienne, la voix de son père, grave et mélancolique, résonne à ses côtés. Khanh raconte le déchirement, le danger, l’incertitude quant à leur avenir, et livre un récit à hauteur d’homme.

Les souvenirs de ce(ux) qu’ils ont laissés derrière eux surgissent, parfois dramatiques, parfois pleins de grâce, sous forme de palais de mémoire, un parcours dans les méandres de la mémoire associant souvenirs et lieux. Le lecteur s’y perd parfois et c’est bien dommage. Mais la dualité de points de vue présente l’avantage d’offrir à ce récit rythme et densité, tout cela servi par une écriture délicate.

Note : 3 sur 5.

Douze palais de mémoire
Anna Moï
Gallimard, 2021, 208 pages.