La panthère des neiges

Le voyage raconté dans le livre de Sylvain Tesson fait l’objet d’un documentaire réalisé par Marie Amiguet et Vincent Munier. Une invitation à contempler la beauté du monde pour mieux la préserver.

Les lecteurs de La panthère des neiges (Prix Renaudot 2019) se souviennent de la genèse de cette histoire. Sylvain Tesson rencontre le photographe animalier Vincent Munier à la projection de son film sur le loup d’Abyssinie, sorti en 2012. Une amitié se noue entre ces deux voyageurs passionnés dont les aspirations convergent et les caractères se complètent. Au contact de Vincent, le bouillonnant Sylvain Tesson apprend les fondements du travail du photographe : se fondre dans le paysage, patienter en silence, suspendre le temps dans l’attente que l’animal se montre. « C’était un art fragile et raffiné consistant à se camoufler dans la nature pour attendre une bête dont rien ne garantissait la venue. On avait de fortes chances de rentrer bredouille. Cette acceptation de l’incertitude me paraissait très noble – par là même antimoderne » témoigne l’écrivain voyageur.

De son côté, Vincent Munier éprouve le besoin de partager ses découvertes et d’alerter sur la fragilité de certaines espèces, contraintes de vivre dans des habitats de plus en plus restreints. « Il est difficile de rendre compte de cette dimension par l’image seule, surtout quand on a choisi comme moi de montrer la beauté plutôt que la dévastation. Appuyer l’émerveillement que je cherche à véhiculer via mes photographies par un discours construit, engagé, m’apparaît nécessaire. » explique le photographe. Lorsqu’il propose à l’écrivain de se joindre à lui pour traquer la panthère des neiges, un animal qu’il cherche à photographier depuis plusieurs années, Sylvain Tesson accepte de relever le défi. L’écrivain en fera un livre, le photographe un documentaire.

« Ça va être pour moi l’occasion de découvrir l’art de l’affût. Jusqu’alors, je me suis contenté de circuler dans les paysages. Au cours de dizaines de voyages dans la Haute-Asie, j’ai pris l’habitude de traverser les immensités ; courant à la poursuite de l’horizon. En bref, je suis le vent. Moi qui ne jure que par l’art de la fugue, on m’invite là aux promesses de l’affût. Avec Munier, le rapport au monde prend une autre tournure. Il ne va plus s’agir de brûler les étapes. Arriver dans la montagne, attendre, scruter, et parfois voir un animal apparaître. Le photographe naturaliste ne fend pas l’espace, il s’installe dans le temps. »

Sylvain Tesson

Le tournage du documentaire La panthère des neiges a nécessité deux séjours de trois semaines sur les hauts plateaux du Tibet. À la caméra, la réalisatrice Marie Amiguet, assistée de Léo-Pol Jacquot. Les conditions sont rendues difficiles par l’altitude (entre 4500 et 6000 mètres) et le climat, la température descendant parfois jusqu’à -35°. L’expédition a pour décor des contrées arides que nul homme n’a jamais foulées, hormis quelques familles nomades. Heureusement le silence, la patience et la détermination récompensent les deux hommes : la nature se révèle dans son authenticité et sa fragilité.

La Panthère des neiges traite de sujets à la fois urgents et profonds, parle de crainte et d’émerveillement.

Sylvain Tesson

Les textes de Sylvain Tesson habitent le silence et véhiculent l’émotion. Ils portent et subliment des images et des prises de vue d’une beauté à couper le souffle, ce souffle que l’on adoucit lorsque la panthère des neiges se montre enfin, apparition qui tient du miracle. « La panthère des neiges est l’emblème de toute cette diversité qui disparaît, entraînée dans les bouleversements de notre époque. Elle incarne le concept de rareté, cette rareté dont on peut s’approcher, certes, mais à tâtons, pour ne surtout pas déranger » résume Marie Amiguet.

Un documentaire extraordinaire qui suspend la course effrénée du temps pour nous faire voir la beauté et la fragilité du monde. Une pause nécessaire qui vaut mieux que tous les discours.

Note : 5 sur 5.

La panthère des neiges
Marie Amiguet et Vincent Munier
Paprika Films, 2021.