Baudelaire à la BnF : l’exposition du bicentenaire

Charles Baudelaire par Félix Nadar, BnF, département des estampes et de la photographie

La Bibliothèque nationale de France célèbre le bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire avec l’exposition « Baudelaire, la modernité mélancolique » visible jusqu’au 13 février prochain. Une immersion au cœur de la création poétique et de la modernité du « roi des poètes. »

Parmi les 200 pièces présentées dans l’exposition « Baudelaire, la modernité mélancolique » actuellement visible à la BnF, il y en a une qui suscite une curiosité particulière : les épreuves corrigées de l’édition originale des Fleurs du Mal. Le manuscrit original du recueil de poésie le plus connu de France n’ayant jamais été retrouvé, les épreuves corrigées en constituent la seule trace manuscrite. Acheté en 1998 par la BnF pour plus de trois millions de francs lors d’une vente aux enchères chez Drouot, le document constitue un témoignage unique des coulisses de l’édition de ce chef d’oeuvre publié pour la première fois en 1857.

Cette oeuvre exceptionnelle qui a changé le destin de la poésie s’inscrit dans une exposition avant tout consacrée à l’univers poétique de Charles Baudelaire et au rôle qu’y tient la mélancolie « toujours inséparable du sentiment de beau ». Il ne s’agit donc pas d’une exposition biographique mais littéraire, même si le néophyte trouvera tout ce qu’il faut savoir sur Baudelaire. La première partie est consacrée au sentiment de l’exil qu’il a lui-même appelé, dans Mon cœur mis à nu, « la grande Maladie de l’horreur du Domicile ». La deuxième partie poursuit l’idée d’une impossible présence au monde, en explorant le thème de l’image telle que la comprend Baudelaire : non pas ce qui donne présence aux choses absentes mais ce qui avive le sentiment même de leur absence. L’exposition se termine par une invite à pénétrer au plus vif de la mélancolie baudelairienne, en l’abordant comme impossible présence à soi-même.

La modernité c’est la moitié de l’art : son versant transitoire, fugitif, contingent, l’autre, ce qui est éternel. Presque toute notre originalité vient de l’estampille que le temps imprime à nos sensations.

Charles Baudelaire

Les œuvres graphiques et picturales présentées éclairent la compréhension de l’œuvre de Baudelaire. Les estampes qu’il collectionnait côtoient les travaux de ses contemporains : les lithographies de Delacroix sur Hamlet qu’il avait affichées aux murs de son appartement en
1843, les portraits de Nadar, des gravures de Goya, des dessins de Gustave Moreau et d’Odilon Redon. Et ses autoportraits photographiques et dessinés qui le présentent au miroir de lui-même : « Tête-à-tête sombre et limpide / Qu’un cœur devenu son miroir ! » (L’Irrémédiable).

Les poèmes de Baudelaire accompagnent un lecteur sur une vie jusqu’à la mort. L’exposition de la BnF s’attache à décortiquer la création poétique de celui que Rimbaud saluera plus tard comme «le premier voyant, roi des poètes.»

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Baudelaire, la modernité mélancolique
Bibliothèque nationale de France – François Mitterrand
Galerie 1
Jusqu’au 13 février 2022