« Malagar », la maison rénovée de François Mauriac de nouveau ouverte au public

François Mauriac devant Malagar (c) Centre François Mauriac Malagar, Collection: Luce Leray

Après deux années de fermeture pour travaux de rénovation, la maison de François Mauriac à Saint-Maixant, Malagar, a rouvert au public. Une restauration de grande qualité qui s’est attachée à respecter les usages et les décors du temps de cet auteur majeur du 20ème siècle et qui autorise aujourd’hui la visite de l’étage. Une (re)découverte au charme intact.

Propriété de la Région Nouvelle-Aquitaine depuis la donation des enfants de François Mauriac en 1985 qui voulaient par ce geste célébrer le centenaire de la naissance de leur père, Malagar, la maison de l’écrivain, prix Nobel de littérature en 1952, a été entièrement restaurée au cours d’importants travaux de rénovation qui ont duré deux ans. Sa réouverture était très attendue tant cette maison est inscrite dans son œuvre dont trois romans sont dits « malagariens  » : La chair et le sang, Destins et Le nœud de vipère.

Pour celui qui ne pouvait « concevoir un roman sans avoir présente à l’esprit, dans ses moindres recoins la maison qui en sera le théâtre », Malagar fut une source d’inspiration notoire.

Une restauration respectueuse de l’époque de l’auteur
Malagar, vue sur les vignes et la ligne de cyprès (c) Centre François Mauriac Malagar

Malagar, « mon humble maison des champs, ma modeste maison des vignes », comme aimait à le dire François Mauriac, s’étend sur un domaine de quatre hectares sur la commune de Saint-Maixant. La douceur est de mise sur cette colline verdoyante de l’Entre-deux-Mers. Dans ce paysage vallonné, entre le lit de la Garonne et les coteaux de vignes, l’horizon est ceinturé de noir par la forêt des Landes. La descente de l’allée de charmilles jusqu’à la terrasse où l’écrivain aimait contempler cette vue et « regarder l’éternité sans trop cligner des yeux » permet de comprendre le rapport de Mauriac à la nature. Alors que son grand-père, qui acheta le domaine en 1853, fit planter des tilleuls, dont un dans la cour aujourd’hui classé arbre remarquable, François Mauriac s’empara du paysage en l’agrémentant de cent trente cyprès ponctués de pins parasols et d’une ligne de peupliers, idée qu’il ramena d’un voyage en Toscane dont il souhaitait ainsi prolonger le charme.

Je n’y habite que trois mois dans l’année, mais c’est le temps qui me ressemble le plus. 

François Mauriac à propos de Malagar
Service à eau en opaline, salon (c) Centre François Mauriac Malagar, 2012

C’est dire si Malagar revêt une importance pour l’écrivain qui en fit l’objet de nombre de ses romans. Cette maison simple qui satisfait néanmoins aux exigences de confort d’une maison de maître à la campagne est d’autant plus intéressante que derrière chaque porte, en chaque objet, l’œuvre pointe. Les connaisseurs de Mauriac reconnaîtront dans le salon sur un guéridon, le service à eau en opaline orné d’un fin filet d’or de Genitrix, la chambre à l’étage où Louis (Le noeud de vipères) écrit son testament. La maison « n’est à chaque fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre », mais elle a assurément nourri son écriture.

La qualité de la restauration est remarquable. Celle-ci s’est attachée à ne pas modifier, encore moins transformer. La maison est celle – ou presque- que Mauriac a connue. Le potager dans la cuisine côtoie la cuisinière à bois qu’il fit installer, les tapisseries des chambres de l’étage n’ont pas été changées ni même refaites à l’identique mais restaurées.

Un superbe espace d’exposition

Le chai rouge accueille désormais un espace d’exposition où l’on chemine comme dans la vie de Mauriac, entre le sable et le bois des Landes. Son épée d’académicien est judicieusement mise en scène, avec un miroir permettant d’en voir les deux faces, pour mieux apprécier le nœud de vipères, les « pignes » de pins et les entrelacs de vignes qui l’ornent. La copie du diplôme de remise du prix Nobel sur lequel figure Malagar est présentée non loin d’un des bustes que le sculpteur Ossip Zadkine fit de lui.

La modernité que Mauriac accueillit toujours avec prudence est présente à travers les bornes numériques. Un immense travail de numérisation de documents, correspondances et photographies a été fait pendant la fermeture pour conserver l’un des plus gros fond d’archives sur l’auteur. Et pour le rendre accessible, cinq bornes tactiles ont été installées qui permettent une consultation au gré de thématiques comme l’œuvre, la famille, la maison. Moment privilégié : elles offrent également l’occasion rare d’entendre la voix de Mauriac.

Avec plusieurs documentaires dont un qui rappelle quel journaliste engagé il fut, il est facile de passer l’après-midi à (re)découvrir cet auteur. Pour ceux qui ne tiennent pas en place, un escape game est organisé chaque mercredi de vacances scolaires prenant pour point de départ le bureau de Mauriac.

Nul besoin de connaître l’œuvre de Mauriac sur le bout des doigts pour la saisir à travers la maison. Les excellentes visites guidées construites en lien avec l’œuvre offrent un parcours unique dans l’intimité de l’œuvre de François Mauriac et la passion communicative des guides les rendent habilement vivantes.

Nota bene : deux maisons girondines de François Mauriac sont aujourd’hui la propriété de la Région Nouvelle-Aquitaine. Le chalet Mauriac, situé à Saint-Symphorien, accueille des écrivains en résidence. Malagar, située à Saint-Maixant et gérée par le centre François Mauriac, est ouverte au public.