Seule la terre est éternelle (selon Jim Harrison)

Jim Harrison (c) Nour Films

Plus qu’un portrait d’écrivain, le film de François Busnel et Adrien Soland qui sort en salle le 23 mars se présente comme une fable écologique racontée par un Jim Harrison au crépuscule de sa vie. Un testament joyeux et inspirant.

Tout commence un soir de 2011, lors du tournage d’un Carnet de route consacré à Jim Harrison. Le journaliste François Busnel et le réalisateur Adrien Soland sont dans le Montana, dans la maison de l’écrivain américain. L’amitié qui unit François à Jim remonte à quelques années et le projet de faire un film sur lui est évoqué. Le journaliste esquisse un scénario et expose son idée à l’écrivain. Ce dernier refuse, cette fois et les suivantes, chaque fois qu’on lui reposera la question.

Jusqu’à ce coup de fil que Jim Harrison passe à François Busnel, en juin 2015 : « Si tu as toujours envie de faire ce film, viens cet été ». Sans se faire prier, l’équipe de tournage arrive sur place. « Quelle histoire allons-nous raconter? » demande Jim Harrison. « Je lui ai dit que je ne serais pas à l’image, qu’il n’y aurait ni archives ni voix off, que je ne raconterais pas sa vie comme une biographie le ferait. » raconte François Busnel. Jim sourit et déclare : « On y va ! »

Il voulait en finir avec sa légende, la légende de Big Jim. « Les légendes nous étouffent », disait-il.

Le tournage a duré trois semaines durant lesquelles l’écrivain américain a été d’une disponibilité totale et d’une grande générosité. Un rendez-vous pour d’autres prises est fixé pour le printemps d’après. Malheureusement, Jim Harrison meurt le 26 mars 2016, quelques jours avant la reprise du tournage. On raconte qu’il est mort à sa table de travail en écrivant un poème. Le choc est violent pour François Busnel et Adrien Soland qui réalisent qu’ils viennent de filmer les dernières images de Jim Harrison. S’il faut faire un film, il sera fait avec les images existantes. François Busnel le réécrit et le monte après la mort de l’écrivain et le film sort, six ans plus tard, accompagné d’une musique de Mathias Malzieu et Olivier Daviaud.

« Seule la terre est éternelle n’est pas un film sur Jim Harrison, mais avec Jim Harrison ». Dans ce documentaire, Jim Harrison nous fait découvrir son Amérique à lui, celle des parties de pêche, de la wilderness et des terres indiennes. Les gros plans sur son visage reflètent les paysages des grands espaces magnifiquement filmés en plans très larges : « Son visage me bouleverse, nous confie François Busnel. Ses rides sont des ravines, ses traits sont des cratères, son teint buriné est la Terre ».

Il voulait être filmé tel qu’il était, abîmé mais debout, jubilant d’aller pêcher sur la Yellowstone River, marchant à Emigrant Peak, prenant la route pour rejoindre sa casita près de la frontière mexicaine, entouré d’amis chers.

L’écrivain vieillissant « au physique de cyclope et à la démarche de grizzli », évoque avec sincérité son écriture et sa vie, avec ses hauts et ses bas. Il partage avec nous sa vie et sa philosophie de vie, une philosophie joyeuse ancrée dans la terre qui parcourt toute son oeuvre, « dans une célébration de ce rapport retrouvé à la nature à la fois majestueuse et dangereuse ».

Une des dernières séquences filmée, sur laquelle s’ouvre le documentaire, a pour décor le bureau de Jim Harrison. L’auteur lit un poème et nous fait cette confession : « Je n’ai peut-être pas la force d’écrire encore un long roman, mais je viens d’avoir une idée. » Cette idée est l’histoire d’une jeune fille qui adore les arbres et qui tombe amoureuse d’un bûcheron… La condition humaine selon Jim Harrison. Parvenu au crépuscule de sa vie, Jim Harrison nous livre son testament spirituel et « nous offre sa part la plus sincère ». C’est précisément cela qui donne au film sa force, sa tendresse et sa complicité.